Les sénateurs se sont prononcés pour la levée de l’interdiction de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures dans les territoires ultramarins ce jeudi 29 janvier, avec 227 voix pour et 105 contre. Ce texte est porté par le groupe macroniste (RDPI) et plusieurs sénateurs ultramarins, comme les Mahorais Saïd Omar Oili et Thani Mohamed Soilihi, faisant valoir le caractère stratégique des réserves de pétroles guyanais et de gaz au large de Mayotte et des îles Éparses dans le Canal du Mozambique.
“Je ne suis pas devenu subitement climatosceptique : les outre-mer sont les premiers à encaisser de plein fouet les conséquences du changement climatique“, précise d’emblée durant la séance le sénateur Thani Mohamed Soilihi. “Nous refusons d’être éternellement les dindons de la farce. Pas moins de 77 % de la population mahoraise vit en dessous du seuil de pauvreté. Nos collectivités dépendent à 95 % d’énergies fossiles importées , c’est le cas à Mayotte.”
La loi Hulot “est un échec”
L’auteur de la proposition, le sénateur guyanais George Patient, a appelé durant la séance à sortir “du double discours, vécu par les Outre-mer comme une injustice” au sujet de la loi Hulot, qui a fin à l’exploitation d’hydrocarbures en France en 2017. “L’objet de cette proposition de loi n’est pas de nier la réalité du changement climatique“, précise l’élu, ajoutant que cette loi “n’a ni réduit notre production d’hydrocarbures ni incité d’autres pays à renoncer à leur propre production.” En parallèle, d’autres producteurs émergent, rendant notre pays dépendant avec 57,8 milliards d’euros d’hydrocarbures importés, fait valoir le parlementaire. Autre argument : le développement économique qui découlerait de cette exploitation.
“La loi Hulot, en tant qu’initiative diplomatique, est un échec, puisqu’aucun grand producteur d’hydrocarbures n’a suivi“, abonde Vincent Louault, rapporteur de la commission des affaires économiques. L’argument n’a pas fait changer d’avis le gouvernement. “La production pétrolière française a été divisée par cinq depuis la fin des années 1980, et aucune exploitation offshore n’est menée dans nos eaux territoriales. Au regard de nos objectifs et du chemin parcouru, ce texte me paraît anachronique“, juge le ministre de l’Économie Roland Lescure, insistant sur la volonté de développer “une offre décarbonée abordable, abondante et acceptable par tous.”
“Je crois que nous n’avons même pas mené ce combat”
L’ancienne ministre des Outre-mer, Annick Girardin, défavorable à la proposition, a néanmoins relevé que dès 2017 cette interdiction s’est accompagnée de la promesse de reconnaître “le rôle écologique majeur” des territoires ultramarins et soutenir leur développement économique. “Force est de constater que nous avons échoué. Je crois que nous n’avons même pas mené ce combat“, concède la sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon. La loi Hulot prévoyait en effet la mise en place de contrats de transition écologique et solidaire dans les territoires ultramarins.
Durant la séance, les sénateurs sont surtout revenus sur le cas de la Guyane. Ils ont longuement débattu de ces enjeux de transition écologique, de dépendance énergétique dans un monde fluctuant et de développement économique des outre-mer, la proposition de loi a finalement été adoptée, notamment grâce aux 130 voix du groupe Les Républicains, majoritaire au Sénat. Le texte devrait rencontrer plus de difficultés à l’Assemblée nationale, plus divisée et avec une gauche plus présente. Les associations environnementales nationales, mahoraises et guyanaises ont plusieurs fois rappelé leur ferme opposition à ce texte, dénonçant des menaces majeures pour les écosystèmes et des promesses économiques jugées trompeuses.
